Vous connaissez ce moment : vous attendez quelqu’un, votre métro, vous avez cinq minutes devant vous… et votre main attrape automatiquement votre téléphone.
Un petit scroll. Puis un autre. Une vidéo. Un message. Une notification. Et soudain, les cinq minutes ont disparu.
Nous avons pris l’habitude de traiter l’ennui comme un problème à résoudre immédiatement. Pourtant, l’ennui n’est pas forcément votre ennemi. Il peut aussi être un signal : votre cerveau manque momentanément de stimulation ou de direction.
Alors, comment apprendre à gérer l’ennui sans transformer chaque moment vide en session de scrolling ???
1. L’ennui : un réflexe que nous avons appris à fuir
Pendant longtemps, attendre faisait simplement partie de la vie. Dans une file d’attente, dans le train ou avant un rendez-vous, il fallait… attendre.
Aujourd’hui, notre smartphone permet de supprimer presque instantanément cette sensation. Le moindre moment vide peut être rempli par une vidéo, un jeu, un réseau social ou une actualité.
Le problème, c’est que plus nous avons l’habitude de supprimer immédiatement l’ennui, plus il devient difficile de le supporter.
La recherche montre d’ailleurs une association entre la tendance à s’ennuyer et l’usage problématique du téléphone ou des médias numériques. Une méta-analyse de 2023 retrouve notamment une association positive entre ennui et usage problématique des médias numériques.
Autrement dit : quand l’ennui arrive, le téléphone devient une solution extrêmement facile.

2. Mais l’ennui peut aussi être utile
L’ennui crée un espace dans lequel l’attention n’est plus entièrement occupée par une stimulation extérieure.
Votre cerveau peut alors laisser vagabonder ses pensées : se souvenir, imaginer, faire des associations, réfléchir à un problème ou simplement observer ce qui vous entoure.
Ce phénomène de mind-wandering, ou vagabondage mental, est étudié en psychologie cognitive. Certaines recherches montrent notamment des liens entre ennui, vagabondage mental et flexibilité cognitive.
Cela ne signifie pas que chaque moment d’ennui va soudainement produire une idée géniale. Mais en supprimant systématiquement ces moments de vide, nous supprimons aussi des occasions de laisser notre esprit fonctionner sans stimulation permanente.
L’ennui peut donc devenir un espace disponible.
3. Le piège : remplacer l’ennui par du contenu
Le réflexe « je m’ennuie → je prends mon téléphone » peut devenir une véritable boucle comportementale.
Un moment vide apparaît → le cerveau cherche une stimulation → le téléphone apporte une récompense immédiate → l’ennui disparaît temporairement.
Puis le cycle recommence.
Et plus le téléphone devient notre réponse automatique, moins nous développons notre capacité à rester quelques minutes sans stimulation.
Chez les adolescents et jeunes adultes, cette relation est particulièrement intéressante : plusieurs études associent la propension à l’ennui à davantage d’usage problématique du smartphone.
Le téléphone n’est donc pas nécessairement la cause de l’ennui. Mais il peut devenir sa réponse automatique.
4. Alors, que faire quand on s’ennuie ?
La bonne nouvelle : il n’est pas nécessaire de partir vivre dans une cabane sans Wi-Fi.
Commencez simplement par retarder le réflexe.
La prochaine fois que vous vous ennuyez, attendez cinq minutes avant de prendre votre téléphone. Regardez autour de vous. Marchez. Observez les gens. Laissez vos pensées partir dans tous les sens.
Vous pouvez également préparer une liste d’alternatives simples :
- marcher quelques minutes ;
- lire quelques pages ;
- écouter de la musique sans regarder l’écran ;
- dessiner ou écrire ;
- appeler un proche ;
- faire quelques exercices physiques ;
- cuisiner ;
- simplement ne rien faire.
L’objectif n’est pas de remplir chaque seconde disponible. C’est justement d’accepter qu’une seconde puisse être… vide.
5. Réapprendre à s’ennuyer
Gérer l’ennui ne signifie donc pas chercher constamment une nouvelle occupation. C’est aussi apprendre à tolérer cette sensation sans vouloir immédiatement la faire disparaître.
La prochaine fois que votre main se dirige automatiquement vers votre smartphone, faites une pause.
«Est-ce que j’ai vraiment envie de regarder quelque chose…ou est-ce que je cherche simplement à ne plus m’ennuyer ?»
Cette petite question peut suffire à créer quelques secondes entre l’envie et l’action.
Et parfois, c’est précisément dans ces quelques secondes que l’on recommence à choisir.
L’ennui n’est peut-être pas du temps perdu. C’est peut-être du temps qui vous appartient enfin.

