ChatGPT a changé notre rapport à l’effort. Une question, une consigne, quelques secondes… et voilà un texte, une idée, un résumé, un itinéraire ou même un message personnel. Pratique ?
Le vrai sujet n’est peut-être pas : « Est-ce que l’IA nous rend fainéants ? » mais plutôt : « Que se passe-t-il quand nous lui déléguons systématiquement l’effort de réfléchir ? »
1. L’IA nous fait gagner du temps… mais à quel prix ?
L’IA générative est un formidable outil de productivité. Elle peut automatiser les tâches répétitives, accélérer une recherche, reformuler une idée ou nous aider à débloquer un problème.
C’est le principe du copilote : l’IA travaille avec nous, pas à notre place. Le problème apparaît lorsque le copilote prend le volant. Des recherches récentes parlent de « cognitive offloading », c’est-à-dire le fait de déléguer une partie de notre effort mental à un outil externe. Ce mécanisme n’est pas mauvais en soi : utiliser une calculatrice ou un GPS nous évite déjà de tout faire de tête.
Mais lorsqu’on délègue trop souvent les étapes qui permettent d’apprendre, d’analyser ou de raisonner, on risque de moins les pratiquer. Une étude de 2024 a notamment observé que des étudiants utilisant un LLM pour rechercher des informations avaient une charge cognitive plus faible, mais aussi un raisonnement moins approfondi que ceux utilisant un moteur de recherche classique.

2. Moins d’effort ne signifie donc pas toujours plus d’efficacité.
Le piège du: « fais-le à ma place » ; « Trouve-moi une idée de cadeau. » ; « Écris ce message à mon ami. »; « Fais-moi un résumé. » ; « Donne-moi directement la réponse. »
À force de demander à l’IA de faire les premiers pas à notre place, on peut perdre quelque chose de précieux : le processus.
Chercher une idée, se tromper, recommencer, formuler une phrase, résoudre un problème… c’est précisément cet effort qui entraîne notre capacité à créer, comprendre et décider.
Une revue récente souligne d’ailleurs que l’IA peut libérer des ressources pour des tâches plus complexes, mais qu’une automatisation excessive peut réduire les occasions d’apprentissage par l’effort et la réflexion.
3. Alors, faut-il arrêter l’IA ?
Non. Le sujet n’est pas de revenir au papier et au stylo pour tout faire soi-même. Il est de choisir ce que l’on délègue. Avant de demander une réponse à l’IA, essaie parfois de réfléchir quelques minutes seul. Écris ton idée avant de demander à ChatGPT de l’améliorer. Cherche une solution avant de lui demander la meilleure. Et surtout : ne prends pas une réponse parce qu’elle est bien écrite. Vérifie-la.
L’IA peut accélérer ton cerveau. Elle ne doit pas devenir une béquille pour chaque effort mental.
Et si le vrai enjeu était notre rapport aux écrans ? Chez ViviPoke, on défend une idée simple : la technologie doit nous redonner du temps, pas nous en prendre davantage. L’IA fait partie de cette équation. Comme le smartphone, les réseaux sociaux ou les jeux vidéo, elle peut être un formidable outil… ou devenir une habitude automatique.
Utilise l’IA quand elle t’aide. Pose-la quand elle pense à ta place. Parce que le but n’est pas de faire moins.
C’est de garder notre capacité à penser, créer et vivre sans écran.

